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dimanche 13 janvier 2013

[CRC] Soie

Auteur : Alessandro Baricco
Titre Original : Seta
Traductrice : Françoise Brun
Parution Italienne : 1996
Parution Française : 1997
Éditeur : Albin Michel

Quatrième de Couverture
C'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre.

Hervé Joncour sentit encore le voile de soie se soulever et s'éloigner de lui. La dernière sensation, ce fut une main qui ouvrait la sienne et dans sa paume déposait quelque chose.

Le Choix du Livre
J'ai pris ce livre un peu au hasard à vrai dire. J'étais à la Médiathèque, et je cherchais des romans entrant dans le Challenge Romans Cultes mais je n'avais pas de liste sur moi. Heureusement, j'avais mon téléphone. Donc je me connecte à mon blog, regarde la liste et trouve Soie d'Alessandro Baricco. Littérature italienne? Allez on tente!

Mon Avis
1861, Hervé Joncour a 32 ans, il est marié à Hélène et il est dans le commerce des vers à soie dans lequel l'a plongé Baldabiou. Grâce à lui, la petite bourgade de Lavilledieu prospère dans le commerce de cette étoffe si rare, si légère et si douce. Mais voilà que les vers qu'il se procure d'abord en Europe puis en Afrique sont infectés et Baldabiou propose alors à Hervé Joncour d'aller chercher ses oeufs de vers à soie dans un pays encore mystérieux : le Japon. Il ne connaît rien de ce pays, il sait juste que le Japon c'est "Par là, toujours tout droit. [...] Jusqu'à la fin du monde" et que le commerce du vers à soie avec ce pays est interdit, mais Hervé Joncour part. Après un très long voyage, il arrive au Japon où il rencontre Hara Kei. Seigneur d'un village, rare japonais à commercer avec l'Europe dans un pays qui commence tout juste à s'ouvrir au monde, la seule chose qui évoque la richesse et la puissance d'Hara Kei est la jeune fille allongée près de lui, la tête posée sur ses genoux. Elle ouvre ses yeux qui "n'avaient pas une forme orientale" et croisent ceux d'Hervé Joncour. Commence alors une histoire d'amour. Ou plutôt ne commence-t-elle pas. Hervé Joncour fera plusieurs allers-retours au Japon, il y découvrira la guerre, mais jamais il ne saura qui était réellement cette mystérieuse femme dont le "visage était celui d'une jeune fille".

A vrai dire, je ne savais pas quand avait été écrit ce roman avant de commencer à rédiger ce billet. 1996. Tout ce temps, j'ai cru que c'était un roman datant des années 50. Un roman contemporain de ceux de Marguerite Duras, d'Albert Camus. Il faut dire aussi que trouver un roman de 1996 dans un Challenge Romans Cultes c'était assez inattendu! Mais l'écriture d'Alessandro Baricco est digne des plus grands. Son écriture est un peu comme la soie, fine et douce. Et sensuelle. Le récit est serré comme les mailles d'un tissus fin, et tout va directement à l'essentiel sans pourtant dire les choses de façon crue. La suggestion. Voilà ce qui rythme le plus ce roman. Et la musique aussi, la musique de la vie avec ses refrains et ses répétitions. Et puis d'un coup, son couplet heureux, ou tragique, ou mélancolique, ou monotone. Ce livre est un peu comme un rêve, un voyage, un fantasme. Le livre se lit en une petite heure et quand on tourne la dernière page, on se sent apaisé. Comme si on venait de traverser une allée de cerisiers en fleurs au printemps, et qu'il était temps de rentrer maintenant que l'air commence à se rafraîchir.

J'avoue avoir un peu de mal à trouver les bons mots pour décrire ce que j'ai ressenti à la lecture de ce roman, mais si ma première participation au Challenge Romans Cultes m'avait un peu déçue, celle-ci m'a comblée au-delà de mes espérances. En 2009, un film inspiré de Soie a été réalisé par François Girard, avec Keira Knightley et Michael Pitt. Deux acteurs que j'apprécie assez, surtout Michael Pitt. Alors évidemment, je compte le regarder dès que possible et je vous en parlerai d'ici là. Mais je vais quand même attendre un peu, continuer de m'imprégner de cette belle histoire. De peur d'être déçue, comme souvent, par l'adaptation cinématographique. Et je vais chercher à en savoir un peu plus sur la bibliographie d'Alessandro Baricco qui m'a conciliée avec la littérature italienne qui est un domaine que je ne connais pas vraiment malgré mes origines...

Mille fois il chercha ses yeux, et mille fois elle trouva les siens. C'était comme une danse triste, secrète et impuissante. Hervé Joncour la dansa très avant dans la nuit puis se leva, dit quelque chose en français pour s'excuser, se débarrassa comme il put d'une femme qui avait décidé de l'accompagner, et en s'ouvrant un chemin au milieu des nuages de fumée et des hommes qui l'apostrophaient dans leur langue incompréhensible, il partit. Avant de sortir de la pièce, il regarda une dernière fois vers elle. Elle était en train de le regarder, de ses yeux parfaitement muets, à des siècles de là.

 Conclusion
Un livre pris au hasard parmi tant d'autres, une magnifique découverte et un gros coup de coeur! J'invite tous ceux qui participent au Challenge Romans Cultes, et tous les autres également, à découvrir ce petit bijoux de la littérature italienne.

Ce livre a été lu dans le cadre du
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