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mercredi 8 mai 2013

Trois femmes puissantes

Auteur : Marie NDiaye
Parution française : 2009
Éditeur : Gallimard
Prix reçu : Goncourt 2009

Quatrième de Couverture
Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible.

L'art de Marie NDiaye apparaît ici dans toute sa singularité et son mystère. La force de son écriture tient à son apparente douceur, aux lentes circonvolutions qui entraînent le lecteur sous le glacis d'une prose impeccable et raffinée, dans les méandres d'une conscience livrée à la pure violence des sentiments.

Elle aurait aimé lui dire maintenant : Tu te rends compte, tu nous parlais comme à des femmes et comme si nous avions un devoir de séduction, alors que nous étions des gamines et que nous étions tes filles.

Le Choix du Livre
C'est un choix sans être un choix. Pour une matière à la fac, je devais choisir un livre dans une liste d'une dizaine d’œuvres que je devais ensuite présenter à l'oral. Et j'ai choisit Trois femme puissantes complètement au hasard. Il est récent, il a reçu le Prix Goncourt, il n'est pas très long donc facilement lisible en période d'examens...

Mon Avis
Contrairement à ce qui est annoncé, Trois femmes puissantes n'est pas un roman. Non. C'est en fait une sorte de recueil de nouvelles : trois. Une femme dans chacune d'elle, ayant toutes un rapport avec l'Afrique et plus particulièrement le Sénégal.

La première, Norah, a grandit en France avec sa mère et sa soeur. Son père les ayant laissées pour repartir vivre en Afrique en emmenant leur petit frère Sony. Malgré cela, Norah peut être fière d'avoir réussit sa vie: elle est parvenue à devenir avocate et elle a eu une petite fille. Mais le passé la rattrape. Son père la rappelle. Il lui demande de le retrouver au Sénégal. Elle y va et ne retrouve pas ce père distingué et intraitable qu'elle avait connu jadis. Elle fait face à un homme seul, égoïste, négligé et vulnérable. Et, elle qui pensait avoir surmonté les faiblesses qui la liaient à ce passé, va pourtant se les reprendre de plein fouet et devra trouver la force de surmonter cette épreuve afin d'aider son frère.

La seconde se nomme Fanta. Elle nous est présentée à travers les yeux de son mari Rudy Descas. On apprend que tous deux étaient professeurs au Sénégal mais des circonstances troublantes ont poussées Rudy à revenir vivre en France où il travaille maintenant pour Manille, un fabricant de cuisines. Pendant que Fanta, auparavant active et cultivée, reste à la maison pour s'occuper de leur fils Djibril. Tout au long de cette nouvelle, Rudy se montre couard, lâche. Il ne veut pas affronter la réalité en face. On en arrive à un point où ça devient insupportable de l'entendre se plaindre et, alors qu'au début on a du mal à comprendre le comportement de Fanta tel qu'il le décrit, au fil des pages on se demande comment la jeune femme peut supporter de vivre avec un homme aussi peu ancré dans la réalité...

Notre troisième femme puissante est Khady Demba. Elle vit au Sénégal et est mariée à un homme bon dont elle n'attend qu'une chose : avoir un enfant. Mais son mari meurt prématurément et Khady Demba se retrouve seule, obligée de partir vivre dans la famille de son défunt époux. Perdue dans ses pensées, murée dans le silence, elle finit par devenir un poids pour cette belle-famille qui n'a jamais voulu d'elle et qui finit par la mettre à la rue avec seulement un peu d'argent en poche. Pour la première fois, Khady va devoir prendre des décisions par elle-même, prendre sa vie en main et sortir de sa torpeur. Trimbalée  blessée, prostituée... Rabaissée plus bas que terre, Khady Demba restera persuadée d'une chose du début à la fin : elle est Khady Demba, être unique et irremplaçable dont l'humanité ne peut être bafouée.

Norah, Fanta et Khady Demba sont-elles puissantes? A vrai dire, on peut se poser la question à première vue. Celle qui semble avoir le mieux réussit est Norah, alors que Fanta et Khady semblent passives. Spectatrices de leur propre existence. Pourtant, un lien unit ces trois femmes. Outre le fait qu'elles soient toutes, comme je le disais, liées à l'Afrique et qu'un lien ténu les unisse (Khadi travaille pour le père de Norah  dans la première nouvelle et est une cousine éloignée de Fanta), ce sont trois femmes qui ont décidé chacune à leur manière de se battre contre les coups durs que la vie leur impose. L'une a décidé de se retrousser les manches afin d'atteindre son but, l'autre supporte un mari exécrable sans doute pour le bien de leur fils et la dernière gardera son intégrité du début à la fin. Alors oui, à leur manière, elles sont puissantes. Prêtes à faire des sacrifices à une époque où le statut de la femme est au centre des conversations. Et si, de par ses liens aux autres, Khadi Demba aurait mérité d'occuper la place centrale de ce recueil, son histoire qui est sans aucun doute la plus poignante permet de clore ce livre de façon spectaculaire, dans une métamorphose presque Ovidienne. Nous laissant sur le tapis, seuls, à nous remettre de nos émotions.

C'est le premier livre que je lis de Marie NDiaye, et son écriture est forte. Elle réussit parfaitement à retranscrire les émotions ressenties par chacun de ses personnages. Un vocabulaire riche, pompeux diront certains, mais poignant. Une écriture qui balance toujours entre le trivial et le fantastique, qui décrit de façon poétique la laideur et la beauté, l'humanité et l'inhumanité. Une façon aussi de parsemer les éléments petit à petit dans le récit grâce à un début in media res suivi de flash-backs et jouant aussi sur les faiblesses de la mémoire. Parsemant des refrains presque entêtants. J'ai vraiment accroché. La seule chose que j'ai trouvé un peu dommage, c'est qu'il n'y a jamais vraiment de fin à ses nouvelles. Même si cette impression est un peu atténuée par le contrepoint final qui nous donne un aperçu des événements à venir du point de vue d'un autre personnage. Mais vraiment, la fin de l'histoire de Norah m'a laissé... sur ma faim! J'aurai vraiment aimé en savoir plus sur cette histoire dont l'intrigue prend de plus en plus d'ampleur et s'arrête d'un coup.

De telle sorte qu'elle avait toujours eu conscience d'être unique en tant que personne et, d'une certaine façon indémontrable mais non contestable, qu'on ne pouvait la remplacer, elle Khady Demba, exactement, quand bien même ses parents n'avaient pas voulu d'elle auprès d'eux et sa grand-mère ne l'avait recueillie que par obligation - quand bien même nul être sur terre n'avait besoin ni envie qu'elle fût là.

Conclusion
Bien que je ne place pas ce roman dans mes Coups de Coeur, c'est vraiment une lecture que j'ai beaucoup aimé. J'ai lu beaucoup de critiques négatives à son sujet donc je sais que Marie NDiaye ne fait pas l'unanimité. Mais moi, j'ai vraiment été touchée par cette lecture qui m'a quand même valu un 15/20 à mon oral :)
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