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jeudi 4 juillet 2013

[Masse Critique] Brasil

Auteur : Jean-Paul Delfino
Parution française : 2013
Éditeur : Le Passage


Quatrième de Couverture
Rio de Janeiro, 1821. Vaincu par les manigances de Cour de la noblesse portugaise et des Cortes, Dom João VI, roi du Brésil, se voit dans l'obligation de rejoindre Lisbonne et la vieille Europe. Derrière lui, il abandonne une colonie sur le point de conquérir son indépendance et qui sera désormais dirigée par son fils, Dom Pedro I, un être infâme et tyrannique qui s'autoproclamera bientôt premier empereur du Brésil.
Irrésistiblement attirée par les fastes du pouvoir et du palais impérial, la jeune Madalena, fille de la très estimée Dona Josefina, gardienne d'un culte spirite, va tout quitter pour cet empereur de pacotille. Hélas, rapidement réduite à l'état d'esclave par celui-ci, elle ne rêvera que de vengeance et d'assassinat pendant que sa fille Marina et son mari Zumbi, afin d'échapper aux soldats de l'empereur, sillonneront le pays en intégrant une troupe de cirque.
Dans un pays qui n'aspire qu'à la modernité, où les gens de la rue côtoient des capitaines d'industries aux fortunes colossales, où les immeubles luxueux se multiplient et où les immigrants affluent par milliers pour se bâtir de nouvelles vies, cette fresque historique, obéissant à un sens profond du romanesque, emporte le lecteur dans un tourbillon d'aventures et d'émotions qui constitue un véritable chant d'amour pour le Brésil.

Le Choix du Livre
J'ai reçu le roman Brasil à l'occasion de la dernière édition de Masse Critique organisée par Babelio! Si j'ai choisit de cocher ce livre parmi tous les disponibles, c'est parce Jean-Paul Delfino ne m'est pas inconnu. C'est un auteur de chez moi (Aix-en-Provence) dont j'avais lu Embrouilles au Vélodrome dans le cadre d'un cours de littérature comparée sur le thème du sport. J'avais beaucoup aimé et j'ai donc eu envie de connaître un peu plus l'oeuvre de cet auteur.

En entendant Dom Leonardo Vieira lui parler de raison garder, allongé sur sa couche avec une Marina ensommeillée dont la tête reposait sur sa poitrine, Madalena n'avait pu réprimer une subite nausée. Sa petite fille connaîtrait en son temps, elle aussi, l'amour et la passion. Elle ferait des folies de son existence et se saoulerait de l'odeur d'un homme qui l'étreindrait. Quant à ce vieux doutor donneur de leçons, il avait sans doute déjà vécu tout cela. Maintenant c'était son tour, c'était écrit. Elle avait prit la décision de tout faire voler en éclat autour d'elle s'il le fallait et elle se tiendrait à cette résolution, même si elle devait en mourir ou en faire mourir les autres.

Mon Avis
Brasil fait partie d'une série de romans consacrés à l'histoire du Brésil et en est le septième. C'est sans doute la raison pour laquelle j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire, n'ayant pas lu les six précédents. Mais au bout de quelques dizaines de pages, j'ai réussit à me familiariser avec les personnages, et avec l'ambiance du roman pourtant très loin de ce que j'ai l'habitude de lire. J'avoue qu'au début, j'ai eu un peu peur que le côté politico-historique soit trop rébarbatif à mon goût. Mais ça n'a pas été le cas puisque l'Histoire de ce pays en pleine révolution est savamment mêlé à l'histoire de ses habitants et de son roi. Des histoires personnelles, des amours, des trahisons, des fuites, des peurs, du courage, de la lâcheté, de la méchanceté et tous ces sentiments qui guideront les personnages de Brasil à changer la face de ce pays encore sous l'emprise du Portugal.

Le premier à pouvoir faire cela, c'est bien évidemment Dom Pedro. Fils du roi du Brésil  João VI, obligé de revenir au Portugal. C'est un être abject qui nous est présenté, à l'image de son conseiller personnel, Chalaça. Il ont tous les vices et à aucun moment de l'histoire on ne peut ressentir une quelconque sympathie pour l'un d'entre eux. Pourtant, il séduira la belle Madalena qui quittera sa vie de famille, son homme Chico et sa fille Marina, pour suivre ce prince mégalomane en espérant vivre une belle passion et devenir la nouvelle première dame du Brésil. Madalena, je ne sais pas trop quoi penser d'elle... Abandonner les siens pour un homme tel que Dom Pedro... Mais peut-on vraiment lui en vouloir d'agir avec passion? De vouloir changer sa condition dans un Brésil où les noirs ne sont encore vus que comme des esclaves? Être noire et se faire remarquer par un prince, à cette époque, n'était-ce pas suffisant pour vouloir tout quitter? A chacun de se faire sa propre opinion! Quant au personnage de Chico, cette montagne de force et de muscle, je l'ai adoré. Certes, il n'a pas beaucoup d'éducation et sa maîtrise de la langue est approximative. Mais il a des valeurs, une morale. Sans doute un des seuls personnages vraiment sincère, avec Dona Josefina au début, Ossaga et Marina, à être vraiment intègre dans un Brésil gangrené par le mensonge et la trahison...

Les personnages sont nombreux, mais il faut au moins ça pour décidé de l'avenir d'un pays. Et toutes les petites intrigues se font donc sur fond de révolution. L'indépendance du Brésil. Un grand moment pour un pays tout aussi grand. Un pays que Jean-Paul Delfino connait bien et admire. Et malgré son Histoire pour le moins chaotique, on a envie de le découvrir, ce pays. On est plongé en plein coeur de la jungle brésilienne ou de l'ambiance carioca, fêtes et carnavals. De la poudre aux yeux. Un grand plongeon dans une culture qui mérite à être mieux connue et que j'ai prit plaisir à découvrir à travers cette fresque où le sublime côtoie la laideur, où la grandeur n'est pas forcément là où elle devrait être, où les intrigues politiques sont étroitement liées aux intrigues personnelles... Les Cortes, les Portugais, les Cariocas et les Africains cohabitent tant bien que mal dans ce Brésil en quête d'identité où chacun veut sa part du gâteau...

Mon seul regret à la lecture de ce livre aura été de ne pas connaître le début de l'Histoire du Brésil vue par l'auteur aixois. J'ai vraiment apprécié la lecture de ce roman, et je n'ai pas eu besoin des précédents pour en comprendre les tenants et les aboutissants. Néanmoins, je pense que je serais entrée beaucoup plus facilement dans Brasil sans ces lacunes. J'ai aimé la simplicité avec laquelle Jean-Paul Delfino raconte cette histoire, tout en y introduisant des termes purement brésiliens. J'ai aussi aimé l'alternance des chapitres entre la vie royale et la vie des esclaves. Le fait que parfois, on ne comprend pas tout de suite où l'auteur veut en venir, puis qu'on se rend finalement compte que tout est lié si on a bien été attentif. La fin du roman, quant à elle, m'a surprise. J'avoue que, sans rien dire de plus, je ne m'attendais pas à ce dénouement et j'ai été déroutée mais dans le bon sens du terme. Celui qui fait que j'ai maintenant envie non seulement de découvrir les six premiers romans de la Suite Brésilienne de Jean-Paul Delfino, mais aussi de connaître la suite de l'histoire et de l'Histoire!

Dire que j'ai été cocu, c'est pas vrai. Cocu, c'est un mot de riche, c'est un mot de Blanc. Moi, j'ai juste été malheureux et c'est déjà pas mal. J'ai été triste aussi, c'est vrai. Puis, j'ai compris. Madalena, c'étaient pas que les sous qu'elle aimait. C'étaient les sous, les beaux habits et aussi qu'on la regarde. Et moi, je pouvais rien lui offrir de tout ça.

Conclusion
Brasil aura donc été une découverte vraiment agréable et surprenante pour moi qui ne suis pas habituée à ce genre de lecture. J'ai aimé découvrir Jean-Paul Delfino dans un autre domaine que Marseille, et j'ai envie d'en savoir encore plus sur ce pays étonnant qu'est le Brésil. Pour l'instant, Brasil n'est pas un coup de coeur car il me manque des pièces du puzzle. Mais si je lis l'intégralité de la Suite Brésilienne, qui sait si ce roman ne gravira pas quelques échelons dans mon coeur de lectrice :)
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