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samedi 1 février 2014

Salomé - Oscar Wilde

Oscar Wilde est un auteur que j'ai découvert avec le célèbre Portrait de Dorian Gray. Livre que j'ai adoré, que j'ai dévoré même. Je l'avais lu pour un cours de littérature comparée il y a deux ans et je n'ai, par la suite, pas eu le temps de découvrir les autres œuvres de l'écrivain irlandais. Et cette année, le revoilà sur le chemin de mes études, toujours en littérature comparée, avec cette fois une tragédie très courte - un seul acte - qui retrace la légende de la célèbre Salomé, fille d'Hérodias qui dansa devant le tétrarque de Judée, Hérode Antipas, pour obtenir la tête du prophète Jean-Baptiste. Ce récit est d'abord biblique, bien que Salomé n'y soit pas nommée, et de nombreux auteurs, peintres et artistes en général ont été fascinés et inspirés par cette légende. Oscar Wilde ne déroge donc pas à la règle et nous offre une toute autre vision de ce mythe qu'il a, il faut le savoir, écrit directement en français pour l'actrice Sarah Bernhardt.

A la fin du XIXe siècle, le mythe de Salomé suscite chez les artistes une fascination à nulle autre pareille : la princesse de Judée, qui incarne la femme "naturelle, c'est-à-dire abominable" selon le mot de Baudelaire, devient une figure majeure de l'imaginaire décadent, inspirant indifféremment peintres, poètes et romanciers. De cette danseuse fatale, Wilde donna dans Salomé l'une des interprétations les plus marquantes de l'histoire de la littérature. La tension croissante de ce drame en un acte traduit la montée du désir monstrueux de Salomé, la fille d'Hérodias, pour le prophète Iokanaan. Cruauté, sacrilège, étrangeté et érotisme se mêlent dans cette pièce dont Mallarmé salua les perpétuels traits éblouissants et dont Pierre Loti a pu dire : "C'est beau et sombre comme un chapitre de l'Apocalypse".

Je me suis récemment intéressée au mythe de Salomé puisqu'une chanson du dernier album d'Indochine s'intitule justement Salomé. Et ce que j'ai d'abord apprécié dans l'oeuvre de Wilde, c'est que la princesse de Judée n'agit pas sous les ordres de sa mère. Dans cette courte tragédie, Salomé apparaît comme la femme fatale - au sens littéral du terme - par excellence. Aussi cruelle que belle, aussi macabre que sensuelle, Salomé n'est plus cette héroïne biblique élevée par sa mère pour tuer Jean-Baptiste mais celle qui désire la tête de Iokanaan (Jean-Baptiste en hébreu) pour elle seule. Salomé est une toute jeune fille mais elle devient une femme cruelle, froide et perverse en seulement quelques pages. On assiste à la perte de son innocence et tout au long de la pièce, elle ne cesse d'ailleurs d'être associée à la Lune : aussi vierge qu'elle, aussi pâle, aussi changeante aussi, Salomé est une fille lunaire. En d'autres termes, la Salomé de Wilde est une pure héroïne de la décadence.

Salomé
Que c'est bon de voir la lune ! Elle ressemble à une petite pièce de monnaie. On dirait une toute petite fleur d'argent. Elle est froide et chaste, la lune… Je suis sûre qu'elle est vierge. Elle a la beauté d'une vierge… Oui, elle est vierge. Elle ne s'est jamais souillée. Elle ne s'est jamais donnée aux hommes, comme les autres Déesses.

Décadence qu'on retrouve finalement dans toute cette oeuvre de Wilde. En effet, la scène se passe durant un banquet en l'honneur de l'anniversaire d'Hérode qui serait, à priori, le beau-père et oncle de Salomé dans le même temps. Et tout ce qui se déroule sous nos yeux ne semblent avoir aucun sens. Je ne dis pas ça de façon péjorative, au contraire. Mais les dialogues semblent être comme des dialogues de sourd. Comme si chaque personnage ne parlait finalement qu'à lui-même. Une espèce de suite de monologues qui entraîne, de ce fait, des répétitions entêtantes comme des refrains. Et décadence qu'on retrouve aussi et surtout dans l'extrême raffinement de l'écriture de Wilde qui, une fois de plus, m'a séduite. Elle n'a, évidemment, rien à voir avec le style qu'il avait adopté pour Le Portrait de Dorian Gray mais elle reste d'une poéticité sublime.

Salomé
Ah ! Iokanaan, Iokanaan, tu as été le seul homme que j'ai aimé. Tous les autres hommes m'inspirent du dégoût. Mais, toi, tu étais beau. Ton corps était une colonne d'ivoire sur un socle d'argent. C'était un jardin plein de colombes et de lis d'argent. C'était une tour d'argent ornée de boucliers d'ivoire. Il n'y avait rien au monde d'aussi blanc que ton corps. Il n'y avait rien au monde d'aussi noir que tes cheveux. Dans le monde tout entier il n'y avait rien d'aussi rouge que ta bouche. Ta voix était un encensoir qui répandait d'étranges parfums, et quand je te regardais j'entendais une musique étrange ! Ah ! pourquoi ne m'as-tu pas regardée, Iokanaan ?


Ma deuxième expérience avec Oscar Wilde se solde donc par un deuxième coup de cœur! La princesse Salomé reste une figure mythique fascinante que Wilde a su sublimer encore plus que ne l'avait fait les autres auteurs auparavant. Et s'il s'est inspiré de l'Hérodias de Flaubert, il a, à mon avis, largement dépassé le maître. Je vous laisse avec une peinture de l'artiste qui a sans doute été le plus inspiré par Salomé : Gustave Moreau.

Salomé dansant devant Hérode, Gustave Moreau  (1876)
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