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jeudi 19 juin 2014

[CRC] L'attrape-cœurs - J.D. Salinger

La date butoir du Challenge Romans Cultes organisé par Métaphore approche à grand pas et je m'étais inscrite dans la catégorie "On ne m'arrête plus", à savoir 10 livres et plus. A l'heure qu'il est, c'est-à-dire un peu plus de deux mois avant la fin du challenge, je n'en suis qu'à la moitié. J'ai donc plutôt intérêt à me mettre un grand coup de pied au derrière car je n'ai qu'un seul challenge (j'en avais deux mais l'autre s'est apparemment arrêté en cours de route...), et je compte bien le valider! C'est dans cette optique que j'ai entreprit la lecture de L'attrape-cœurs et aussi parce qu'il est dans ma PAL depuis bien trop longtemps. Je sais que c'est une des référence phare de Nicola Sirkis - le leader d'Indochine - qui avait écrit Des Fleurs pour Salinger en 1990 et je m'étais promis de lire ce roman dont tout le monde fait l'éloge. J'avais plusieurs fois tenté de me lancer dans cette lecture mais le style trop familier avec ces expressions un peu surannées me rebutait. Je pense que je n'avais pas encore la maturité nécessaire pour comprendre l'importance de cette oeuvre et la remettre en contexte.

Renvoyé de son école, Holden Caulfield, jeune garçon new-yorkais, vagabonde pendant quelques jours dans la grande ville, en proie au mal de vivre. C'est cette brève odyssée que nous raconte J.D. Salinger, jouant en virtuose du langage moderne. Son héros, mélange de tendresse et d'humour, de pudeur et de vulnérabilité, est particulièrement attachant.

En effet, je pense que jusqu'à présent, je n'avais pas les bagages nécessaires pour comprendre ce que Salinger avait apporté à la littérature américaine. Je ne voyais pas cette prétendue modernité du langage non plus. Je n'ai pas connu les années 50, l'après-guerre américain et j'avoue ne m'y être jamais vraiment intéressée jusqu'à ce qu'on en parle en cours de littérature américaine. Mais sans ça, il est vrai que les expressions utilisées, même si le langage est familier, me semblaient quand même assez vieillies aujourd'hui donc je pensais que c'était un langage habituel de l'époque. D'autant qu'il faut le préciser, la traduction que j'ai lu n'était pas terrible et il y avait un nombre incalculable de coquilles... ce qui ne m'a pas aidé à entrer vraiment dans ce roman. Bref, une première approche difficile avec Holden mais qui s'est adoucie au fil des pages. Approche difficile parce qu'au début, j'avais juste l'impression d'être face à un gamin capricieux, puis peu à peu on découvre le vrai Holden, celui qui remet en question une Amérique bien pensante dans laquelle il ne trouve pas sa place. Et comment trouver sa place dans un si grand pays, dans une ville aussi immense que New-York quand on ne trouve déjà pas sa place dans sa propre famille? Un frère mort, un autre parti faire carrière à Hollywood, il ne lui reste que la petite Phoebé, sa soeur à qui il porte un amour inconditionnel. Un amour touchant, tout comme celui qu'il porte en secret à une demoiselle.

Les filles c'est comme ça, même si elles sont plutôt moches, même si elles sont plutôt connes, chaque fois qu'elles font quelque chose de chouette on tombe à moitié amoureux d'elles.

Je ne sais plus exactement à quel moment j'ai commencé à voir Holden d'un autre œil, sûrement quand il a commencé à parler de son frère Allie mais quoi qu'il en soit, après ça, on découvre vraiment un garçon attachant, attendrissant, parfois drôle, souvent intelligent. Parce que oui, à travers ce langage assez limité d'un adolescent qui reprend toujours les mêmes tournures de phrases, les mêmes expressions, les mêmes tics de langage, qui donnent parfois de la lourdeur au texte, il y a de vraies réflexions très intelligentes et qui donnent à réfléchir. On sent que le petit Holden est un passionné de littérature, qu'il a beaucoup lu et que finalement, malgré une certaine naïveté, il a ce regard unique sur le monde. Peut-être le même regard que portait Salinger qui, j'en ai l'intime conviction, a sûrement mis beaucoup de lui dans cet adolescent de 16 ans et qui, finalement, n'a lui non plus jamais trouvé sa place dans ce monde. Mais je ne suis pas là pour retracer la biographie de ce grand monsieur qui nous a quitté il y a très peu de temps, en 2010 à l'âge de 91 ans tout de même! 

 Mon rêve, c'est un livre qu'on arrive pas à lâcher et quand on l'a fini on voudrait que l'auteur soit un copain, un super copain et on lui téléphonerait chaque fois qu'on en aurait envie. Mais ça n'arrive pas souvent.


Pour conclure sur ma sixième participation au Challenge Romans Cultes, je ne peux pas dire que L'attrape-cœurs a été un coup de cœur, mais je ne regrette absolument pas de l'avoir lu et d'avoir enfin découvert ce qui se cachait derrière ce titre pour le moins poétique. Je pense que si je n'avais pas eu autant de mal à entrer dans l'histoire au début, il aurait pu figurer parmi mes romans préférés mais peut-être qu'une seconde lecture, à l'occasion, me permettra de comprendre vraiment tous les enjeux de ce roman. En tout cas, c'est vraiment un livre à avoir lu une fois dans sa vie, ne serait-ce que pour sa culture personnelle.

Ce livre a été lu dans le cadre du
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