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mardi 21 octobre 2014

Pétronille - Amélie Nothomb

C'est  un peu devenu un rituel, chaque année je lis le nouveau Amélie Nothomb et 2014 n'est pas une exception. Et comme chaque année, je me lance dans la lecture sans avoir cherché à savoir de quoi il était question dans le roman afin que la surprise et le ravissement soient total. J'ai donc été très surprise de constater que, cette fois encore, il s'agissait d'un roman à caractère autobiographique. Du moins en partie. Mais il faut un peu de temps pour s'en rendre compte, d'autant plus que le titre ne laisse rien présager de tel. On se plonge donc dans Pétronille sans savoir que la narratrice et Amélie Nothomb sont une seule et même personne. Et si l'on savait l'auteure belge amatrice de champagne, c'est un réel plaisir que de se lancer dans un roman où elle nous livre, dès les premières pages, tous les bienfaits d'une cuite en bonne et due forme! C'est encore plus délectable quant on sait qu'elle-même pratique l'art de la cuite et, de ce fait, on se lance volontiers à ses côtés à la recherche d'une "convigne"!

Au premier regard je la trouvai si jeune que je la pris pour un garçon de quinze ans.

C'est en tout cas comme ça que débute l'intrigue. Amélie Nothomb aime le champagne, mais elle n'aime pas le boire seule et cherche donc la personne idéale avec qui partager ces moments pétillants. Et ce sera le hasard qui mettra Pétronille sur sa route, lors d'une séance de dédicace. Cette jeune femme aux allures d'ado rebelle s'avérera aussi amatrice de champagne que notre auteure belge et de ce goût partagé va naître ce qui apparaîtra comme le second sujet du roman : l'amitié entre deux femmes, l'amitié entre deux passionnées de champagne et de littérature, l'amitié entre deux auteures. Pourtant, Pétronille semble incarner tout ce que n'est pas Amélie : spontanée, effrontée, sûre d'elle. Les deux femmes partagent pourtant leur éloignement et leur détachement face au monde des "gendelettres". Et bam! encore un sujet abordé dans Pétronille. Amélie Nothomb évoque en effet son ressenti vis-à-vis des soirées mondaines, des gens qui se croient bien-pensants, et son refus de changer de style ou de comportement pour se conformer aux attentes de ce milieu. La seule chose qui la motive à assister à ce genre de mondanités, c'est... le champagne! Et la boucle est bouclée...

En mondanités, le champagne est presque meilleur. Plus le contexte est hostile, plus il fait figure d'oasis : c'est un résultat qu'on ne peut obtenir en buvant chez soi.

Pour autant, Amélie Nothomb ne pratique pas le métier d'écrivain juste pour se faire offrir du champagne. Aussi, elle profite donc de ce 23ème roman pour revenir sur sa relation très particulière avec ses lecteurs, sur ses correspondances (je rappelle que c'est une auteure qui prend la peine de répondre en personne à chacune des lettres qu'elle reçoit), sur ses ressentis lors des séances de dédicaces... Bref, finalement le livre et son univers tiennent une place tout aussi importante que le champagne dans Pétronille et Amélie Nothomb en profite donc pour remettre les pendules à l'heure sur certaines choses. On sent chez elle un profond respect pour son éditeur et pour les libraires qui la reçoivent. On sent aussi une pointe d'amertume quant à la réception de certains de ses romans comme le génial Acide Sulfurique qui a fait l'objet d'une polémique (mais que personnellement, j'ai adoré). Puis on a droit à quelques anecdotes croustillantes concernant la vie et la carrière de la belge, je pense notamment à sa rencontre avec la célèbre Vivienne Westwood, célèbre styliste anglais qu'Amélie se faisait une joie de rencontrer et qui va s'avérer bien loin de ce à quoi on pourrait s'attendre.

Passer d’une rencontre de papier à une rencontre de chair et d’os, c’est changer de dimension. Je ne sais même pas si c’est passer de la deuxième à la troisième dimension, parce que c’est peut-être le contraire. Souvent, voir le correspondant en vrai, c’est régresser, rejoindre la platitude.


Finalement, le dernier Amélie Nothomb - qui se lit aussi vite que les précédents - qui au premier abord ne semble parler que de l'amour de l'auteure pour le champagne et de sa recherche d'une compagne de beuverie, s'avère être un livre très riche qui nous en dit énormément sur ses pensées quant à son métier et le milieu qui va avec. Si j'ai trouvé la fin un peu étrange, et aussi assez éloignée de ce à quoi on peut s'attendre à la fin d'un roman qui se veut autobiographique, j'ai eu l'impression qu'une fois encore, Amélie Nothomb nous emmenait vraiment dans son univers - peut-être plus que dans certains de ses romans "réellement" autobiographiques - et j'ai été touchée. Pour information, c'est l'auteure Stéphanie Hochet qui se retrouve sous les traits de Pétronille. Après, quant à savoir où se situe exactement la limite entre la fiction et la réalité, ça a toujours été la grande question de la littérature et ça le restera. Néanmoins, Amélie Nothomb nous a offert une magnifique cuvée 2014 qui ne peut que faire partie de mes coups de cœur!
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