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dimanche 23 novembre 2014

La Lumière des étoiles mortes - John Banville

Un mois sans nouvelle, je sais. Mais pour ma défense, à côté de mes cours et du projet de mémoire sur Marcel Pagnol, j'ai commencé à donner des cours particuliers de français aux collégiens et lycéens. Autant vous dire que mon temps libre est désormais de plus en plus limité. Mais j'ai quand même pris le temps de lire La Lumière des étoiles mortes, roman de John Banville que j'ai reçu à l'occasion de la dernière édition de Masse Critique organisée par Babelio et qui a obtenu le Prix Prince des Asturies cette année! Si j'avais coché ce livre, c'est pour deux raisons : la jolie couverture et ses couleurs attrayantes et le titre on ne peut plus poétique. Je ne connaissais pas du tout cet auteur irlandais qui semble pourtant jouir d'un certain prestige et d'une renommée qui n'est plus à faire! Et je ne regrette pas cette belle découverte d'un auteur, d'un écrivain qui manie aussi bien les mots que les émotions. Et ce livre - à fleur de peau, sensuel, osé mais à la fois tout en retenu - ne manquera sans doute pas de vous faire passer par toutes sortes d'émotions.

« Ou tout cela va-t-il donc quand nous mourons, tout ce que nous avons été ?
Quand je songe à ceux que nous avons aimés et perdus, je m'identifie à un promeneur errant à la tombée de la nuit dans un parc peuplé de statues sans yeux. L'air autour de moi bruisse d'absences. Je pense aux yeux bruns et humides de Mme Gray et à leurs minuscules éclats dorés. Quand on faisait l'amour, ils viraient de l'ambre à la terre d'ombre puis à une nuance de bronze opaque. "Si on avait de la musique, disait-elle dans la maison Cotter, si on avait de la musique, on pourrait danser." Elle-même chantait, tout le temps, et toujours faux, "La veuve joyeuse", "L'homme qui fait sauter la banque", "Les roses de Picardie", et un machin sur une alouette, alouette, dont elle ne connaissait pas les paroles et qu'elle ne pouvait que fredonner, complètement faux. Ces choses que nous partagions, celles-là et une myriade d'autres, une myriade, myriade, elles demeurent, mais que deviendront-elles lorsque je serai parti, moi qui suis leur dépositaire, le seul à même de préserver leur mémoire ? »

Qu'est-ce qui sépare la mémoire de l'imagination ? Cette question hante Alex alors qu'il se remémore son premier – peut-être son unique – amour, Mme Gray, la mère de son meilleur ami d'adolescence. Pourquoi ces souvenirs resurgissent-ils maintenant, à cinquante ans de distance, se télescopant avec ceux de la mort de sa fille, Cass, dix ans plus tôt ?
Un grand Banville, troublant et sensuel, sur la façon dont les jeux du temps malmènent le coeur humain.


J'avoue qu'au début, j'ai eu un peu de mal à me lancer vraiment dans ce roman. Peut-être que je n'avais pas la tête à ça. Peut-être aussi que le narrateur, Alex, ne m'était pas spécialement sympathique. Pourtant, quelques pages ont suffit pour attirer mon attention puis pour se l'accaparer complètement. Au début, on pense qu'il n'y a qu'une intrigue : celle d'un homme d'un certain âge se remémorant sa première expérience de l'amour 50 ans plus tôt avec la mère de son meilleur ami, alors qu'il n'avait que 15 ans. Et sa façon de se remémorer ce passage de sa vie est très prenant, très touchant et très réaliste puisqu'on a vraiment l'impression de découvrir les événements au fil de la mémoire d'Alex. Mémoire qui, à son âge, n'est plus ce qu'elle était. C'est pour cette raison qu'il doute, qu'il n'est pas sûr de ce qu'il raconte, qu'il revient sur ses dires, s'interroge, met en place des suppositions et des théories. Si bien que nous, lecteurs, ne sommes pas sûr de lire ce qui s'est réellement passé ou ce qu'il a fantasmé. Quoi qu'il en soit, j'ai vraiment apprécié toute cette partie sur sa relation avec Mme Gray, leur rendez-vous secrets, ses espoirs d'adolescents, ses remords vis-à-vis de son ami Billy mais en même temps cet amour qui l'empêchait d'arrêter cette relation immorale et adultère.

Que me revient-il d'elle, ici, en ces jours pâlots de l'année finissante? Des images du passé lointain se pressent sous mon crâne et la moitié du temps je suis incapable de dire si ce sont des souvenirs ou des constructions de l'esprit. Ce n'est pas qu'il y ait une grande différence entre les deux, si tant est qu'il y en ait une d'ailleurs. D'aucuns affirment que nous inventons à mesure et à notre insu, que nous brodons et enjolivons, et j'aurais tendance à être de leur avis, car Mme Mémoire est une grande et subtile hypocrite.

Mais au fil des pages, deux autres intrigues viennent s'ajouter : Alex mêle à cette histoire d'amour d'une part la disparition de sa fille qui, une dizaine d'années auparavant, s'est donnée la mort et d'autre part les événements contemporains au moment du récit : c'est un acteur de théâtre et il est appelé pour un rôle au cinéma dans lequel il doit interprété un écrivain, aux côtés d'une très belle jeune femme, star de cinéma, Dawn Devonport, très connue. Le hasard ayant voulu que cet auteur, Axel Vander se soit trouver au même endroit que sa fille au moment de sa mort - Portovenere - Alex aura une bonne raison de se poser un bon nombre de question sur la vie, sur le hasard justement, sur le destin, et évidemment sur les souvenirs. Mais si j'ai tant apprécié ce livre, ce n'est cependant pas un coup de cœur et la raison en est simple. C'est souvent un problème que j'ai quand plusieurs intrigues se superposent : l'histoire avec Mme Gray est tellement prenante, tellement irradiante dans le roman qu'elle prend largement le dessus sur les autres et, du coup, quand Alex changeait de sujet pour parler de sa fille Cass, de son film ou de Dawn Devonport, mon intérêt n'était pas le même et je n'avais qu'une hâte : savoir pourquoi et comment tout s'était terminé entre l'adolescent et la mère de famille.  Cependant, je ne renie pas le fait que sans ces trois intrigues entremêlées, la portée du roman aurait été moindre.

Pourquoi faudrait-il que je refuse l'idée que quelqu'un organise en secret et sournoisement des événements en apparence fortuits? Axel Vander se trouvait à Portovenere quand ma fille est morte. Ce fait, et je le prends comme tel, se dresse devant moi, énorme et immuable, pareil à un arbre, avec toutes ses racines profondément enfouies dans les ténèbres. Pourquoi était-elle là, et pourquoi y était-il aussi?


En conclusion, La Lumière des étoiles mortes a été une très très belle découverte. J'ai vraiment aimé plonger dans le passé d'Alex, découvrir son aventure avec Mme Gray, et découvrir finalement ce qu'a été sa vie au travers de divers souvenirs sur lui, sur sa femme Lydia, sur sa fille et jusqu'au présent où tous ses souvenirs font de lui ce qu'il est devenu. Car au final, n'est-ce pas ce que nous sommes tous : la somme de nos souvenirs? Ce que j'ai d'autant plus apprécié, c'est que le roman répond à toutes les questions qu'on se pose, c'est rare mais je n'ai pas été frustrée de terminer ce roman! Et pour porter son récit, John Banville fait preuve d'une aisance troublante, d'une écriture à la fois fluide mais poétique avec une grande richesse de vocabulaire et de tournures de phrases. 
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