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vendredi 19 décembre 2014

Mercure - Amélie Nothomb

Je peux enfin vous l'annoncer officiellement : les vacances sont là! Un mois de repos, de tranquillité, du temps pour moi, pour lire, pour m'occuper de ce blog quelque peu laissé à l'abandon... Bref, la magie des fêtes de Noël même si je vais devoir consacrer une grosse partie de ce temps libre à bosser mon mémoire. Mais là n'est pas la question puisque aujourd'hui, je viens vous parler du roman Mercure d'Amélie Nothomb qui est, sans doute, un de ceux que j'ai le plus apprécié de celle qui se considère comme une graphomane. Pourquoi vous en parler alors qu'il date de 1998? Et bien parce que lors d'un séminaire, j'ai travaillé sur le mythe de Psyché dans lequel j'ai présenté une sorte de comparaison entre ce mythe, où la beauté de la jeune fille est au centre de l'intrigue, et le roman d'Amélie Nothomb où les notions de beauté et de laideur tiennent - comme très souvent par ailleurs - une place prépondérante. Et même après 14 ans, j'aime toujours autant ce roman que j'ai pris plaisir à redécouvrir!

Sur une île au large de Cherbourg, un vieil homme et une jeune fille vivent isolés, entourés de serviteurs et de gardes du corps, à l'abri de tout reflet ; en aucun cas Hazel ne doit voir son propre visage. Engagée pour soigner la jeune fille, Françoise, une infirmière, va découvrir les étranges mystères qui unissent ces deux personnages. Elle saura pourquoi Hazel se résigne, nuit après nuit, aux caresses du vieillard. Elle comprendra au prix de quelle implacable machination ce dernier assouvit un amour fou, paroxystique... Au coeur de ce huis clos inquiétant, la romancière du Sabotage amoureux et d'Attentat, retrouve ses thèmes de prédilection : l'amour absolu et ses illusions, la passion indissociable de la perversité.

En réalité, je suis partie d'une étude de Nausicaa Dewez qui compare Mercure au conte de La Belle et la Bête. Et il est vrai que malgré sa situation relativement contemporaine (1923), le roman d'Amélie Nothomb tient beaucoup du conte. Un conte où la jeune Hazel se retrouve séquestrée par un très vieux monsieur, qu'on pourrait comparer à la Bête, et où elle sera "sauvée" par un "prince charmant" qui, pour le coup, prendra les traits d'une jeune et jolie infirmière. Comme à son habitude - Amélie Nothomb nous livre donc ici des personnages hors du commun avec, pour une fois cependant, des prénoms assez normaux : Hazel, Françoise et Omer. J'ai trouvé que les dialogues entre ces trois personnages étaient vraiment très bien travaillés et qu'ils permettaient de montrer toute l’ambiguïté qui caractérise les deux jeunes femmes et le "vieux" pour reprendre les mots d'Hazel. En effet, si l'on part de cette vision très manichéenne des personnages (la pauvre jeune fille persécutée, le vieux pervers dégueulasse et la sauveuse), on se rend très vite compte que chacun d'eux à sa part d'ombre ou de lumière même si certains actes sont évidemment impardonnables.

Si ce n'étaient que les miroirs ! Si ce n'étaient que les vitres ! On ne me laisse jamais prendre un bain sans en avoir troublé l'eau à force d'huile parfumée. Pas le moindre meuble en marqueterie, pas l'ombre d'un objet en laque. A table, je bois dans un verre dépoli, je mange avec des couverts en métal écorché. Le thé que l'on me verse contient déjà du lait. Il y aurait de quoi rire de ces attentions méticuleuses si elles ne soulignaient pas tant l'étendue de ma difformité.

Donc un conte oui, mais un conte moderne où tout ce qui fait le succès du conte traditionnel est ici déconstruit ou inversé et où l'enquête policière et le suspens ont tout autant leur place. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il est difficile de faire une chronique de ce roman sans en dévoiler ce qui en fait toute la saveur! Je ne peux donc pas trop en dire ici car dans cette intrigue d'apparence simple s'insinuent d'autres éléments qui méritent de rester secret jusqu'au moment de la découverte. En revanche, ce que je peux vous dire c'est que ce roman a également la particularité d'avoir deux fins. Je sais que la plupart des gens préfèrent la première fin qui est, selon moi, celle attendu quand on a compris les tenants et les aboutissants du scénario. Et justement, j'ai préféré la seconde fin car elle m'a plus étonnée, d'abord de façon disons plutôt négative au début puis, en y réfléchissant bien, je l'ai trouvé vraiment plus appropriée au style nothombien. Mais comme le conclue Hazel et Françoise au sujet d'un livre de Stendhal (parce que oui, la place de la littérature est un des sujets également traité dans le livre), "le propre des grands livres est que chaque lecteur en est l'auteur". Amélie Nothomb place donc, de cette façon, son Mercure parmi les grands livres et c'est ce qu'il est à mes yeux!

La littérature a un pouvoir plus que libérateur: elle a un pouvoir salvateur. Elle m'a sauvée : sans les livres, je serais morte depuis longtemps.


Est-ce vraiment la peine de préciser que Mercure a été un coup de cœur dès la première lecture et l'est encore autant d'année après? Je l'ai d'ailleurs conseillé à une amie qui travaille justement sur La Belle et la Bête pour son mémoire et elle m'a avoué ne pas apprécier Amélie Nothomb. Pourtant, elle a adoré Mercure et l'a conseillé à son  tour! Mercure est donc peut-être la solution pour vous réconcilier avec l'auteure belge si jamais vous êtes comme mon amie. 
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