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mercredi 6 janvier 2016

Alabama Song - Gilles Leroy

Hier, j'ai lu L'Etrange Histoire de Benjamin Button, de Francis Scott Fitzgerald et je me suis souvenue que je n'avais pas encore fait la chronique d'Alabama Song, pourtant lu il y a quelques mois... A peu près tout dans ce roman me donnait envie de le lire : le titre, la couverture, le sujet abordé... De la même façon que Beigbeder avait imaginé ce qu'avait pu être la rencontre entre Salinger et Oona avant qu'elle ne devienne Chaplin, Gilles Leroy a retracé, lui, ce qu'a pu être l'histoire entre le célèbre Francis Scott Fitzgerald et sa femme Zelda. Ce roman, qui a reçu le Prix Goncourt 2007, ne m'a absolument pas déçue et je pense que si Zelda Sayre Fitzgerald avait écrit une biographie, elle aurait sans doute ressemblé à ce que nous offre Gilles Leroy tant les mots choisis et la sensibilité mais aussi la force qui se dégagent de ce roman sont forts. Partagés entre deux périodes, celle de la jeunesse décadente de Zelda et celle de sa folie, ce roman se présente comme un journal intime aux parfums d'années folles, d'alcools et de mélancolie parfois teintée de quelques joies...

Alabama, 1918. Quand Zelda, " Belle du Sud ", rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s'est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. Le couple devient la coqueluche du Tout - New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes... 
Gilles Leroy s'est glissé dans la peau de Zelda, au plus près de ses joies et de ses peines. Pour peindre avec une sensibilité rare le destin de celle qui, cannibalisée par son mari écrivain, dut lutter corps et âme pour exister... Mêlant éléments biographiques et imaginaires, Gilles Leroy signe ici son grand " roman américain ". 

Zelda Sayre Fitzegerald, c'est un peu la face cachée de son illustre mari Francis Scott Fitzegerald connu notamment pour Gatsby le Magnifique ou encore pour Tendre est la nuit. Le roman de Leroy repart du début. Quand Zelda n'était encore que Sayre. Quand sa position privilégiée de fille du juge lui permettait d'outrepasser toutes les limites. La petite blonde incarne à la perfection, à cette époque-là, l'idée que nous nous faisons des années folles. C'est là qu'elle rencontre Scott, qui écrit un peu mais qui est surtout lieutenant. Zelda se laisse séduire sans se douter que son mariage va, à la fois correspondre parfaitement aux attentes de la jeune fille qui rêvait d'épouser un écrivain célèbre et la détruire en même temps... Alcool, jalousie, ennuie, rivalité... Leur amour est tumultueux, ils se déchirent malgré la naissance de leur unique enfant, Frances. Zelda se sent prisonnière de cette vie où elle ne peut s'exprimer librement à cause de la violence et de la jalousie de son mari qui désire rester LA personnalité du couple. Zelda devra attendre 1932 pour publier son roman pour lequel Scott l'accusera d'étaler des détails de sa vie quand bien même lui avait fait la même chose dans Tendre est la nuit... Alors Zelda se lancera à corps perdu dans la danse.

Je savait avant lui. Écrire, je savais avant que lui-même n'ait posé le premier stylo sur le premier feuillet du premier carnet. Écrire, je savais et j'ai alimenté tous ses chefs-d’œuvre, non pas comme muse, non pas comme matière, mais comme nègre involontaire d'un écrivain qui semblait estimer que le contrat de mariage incluait le plagiat de la femme par l'époux. Les shrinks en blouse blanche ont une théorie : j'en veux à Scott parce qu'il s'est servi de moi pour toutes ses héroïnes, qu'il m'a prise pour matériau et m'a volé ma vie. Mais c'est faux, car cette vie était à nous deux, ce matériel nous le partagions. La vérité est qu'il s'est servi de mes propres mots, qu'il a pillé mon journal et mes lettres, qu'il a signé de son nom les articles et les nouvelles que seule j'écrivais. Que voulez-vous que je ressente? Piégée, abusée, dépossédée corps et âme, c'est ainsi que je me vis. Cela ne s'appelle pas être.

Je n'avais jamais lu de roman de Gilles Leroy avant celui-ci mais j'ai été séduite par sa plume. J'ai lu le livre quasiment d'une traite et j'ai été transportée dans cet univers comme si j'étais en face de Zelda et qu'elle me racontait sa vie. Je ne sais pas comment un écrivain d'une cinquantaine d'années à pu aussi justement retranscrire ce qu'avaient du être les émotions et les pensées d'une toute jeune Zelda, puis d'une un peu moins jeune, mais il y est parvenu et à aucun moment cela ne sonne faux... Les mots utilisés, les descriptions de ce monument qu'est Fitzgerald si justes, si intimistes, si cassantes mais aussi empreintes d'une tendresse et d'un amour fusionnel allant jusqu'à la destruction de l'autre, mais surtout jusqu'à la destruction de soi...

Il en est qui se cachent pour voler, pour tuer, pour trahir, pour aimer, pour jouir. Moi, j’ai dû me cacher pour écrire. J’avais vingt ans à peine que déjà je tombai sous l’emprise – l’empire – d’un homme à peine plus vieux que moi qui voulait décider de ma vie et s’y prit très mal.

[...]

A présent, je le regarde comme on regarde un gamin de dix ans. Je l'aime trop pour lui dire combien il m'a fait du mal.


Je pense que ma chronique laisse clairement entendre que ce roman a été un coup de cœur pour moi. On dit que derrière tout grand homme se cache une femme, et Alabama Song est un sublime hommage à celle qui a fait la grandeur de Francis Scott Fitzgerald. Mais il ne s'impose pas comme une défense aveugle de la jeune Zelda Sayre. S'il dénonce le traitement que lui a fait subir son mari, l'auteur ne manque pas de rappeler qu'elle non plus n'était pas une sainte, et que cet amour qui les a détruit allait dans les deux sens. Après cette lecture, j'ai envie de découvrir le roman de Zelda, Accordez-moi cette valse, ainsi que ses nouvelles... Mais en attendant, je vous laisse avec ces photos de la jeune femme que je trouve captivante...


Zelda seule, puis avec Scott...

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