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mardi 9 février 2016

Sans Famille - Hector Malot

Comme beaucoup de personnes de ma génération, je pense, j'ai découvert Rémi grâce au dessin animé japonais qui a été diffusé en France dans les années 80 mais qui datait en fait de 1977. C'est la raison pour laquelle je lis ce roman aujourd'hui puisque, comme j'ai certainement dû en parler ici, je travaille sur la littérature française du XIXe siècle dans la culture japonaise contemporaine dans le cadre de mon mémoire de M2. Je ne pouvais donc pas, avec ce sujet, ne pas lire l'oeuvre d'Hector Malot afin de la comparer non seulement à l'adaptation de 1977 mais aussi à celle de 1996 dans laquelle... Rémi est devenu une fille! Je n'ai pas encore vu cette seconde adaptation, et je n'ai quelques bribes de souvenirs de la première, mais j'ai hâte de m'y mettre car j'avoue qu'étant toute petite lors de la diffusion, je ne me souviens pas de grand-chose si ce n'est que c'était très triste. Et que je suis curieuse de voir, aussi, les choses qu'ils ont dû modifier pour que le changement de sexe de Rémi soit cohérent. Mais ça c'est une autre histoire...

Le chien Capi et le singe Joli-Coeur, la brave mère Barberin et le signor Vitalis à la longue barbe blanche, Lise la petite muette, Mattia le jeune musicien, sans oublier bien sûr le courageux Remi, l'enfant trouvé... Autant de personnages si attachants qu'on ne les oublie plus quand on a fait leur connaissance, et que les générations successives découvrent avec le même bonheur. Publié en 1878, Sans famille est devenu un classique de la littérature de jeunesse. Mais il n'y a pas d'âge pour se laisser captiver par l'extraordinaire don de conteur d'Hector Malot, et émouvoir par sa tendresse envers les humbles ; ni pour apprécier le talent avec lequel il tente de rendre le pittoresque et la réalité des milieux traversés par Remi.

Comme je ne me souvenais que de la partie où Rémi, séparé de la mère Barberin, part sur les routes de France avec Vitalis et ses compagnons à poil, j'ai été presque choquée de voir à quel point les événements tragiques arrivent tôt. Aussi, j'ai mis du temps à lire le début du roman car il arrivait tellement de malheurs à ce pauvre enfant que ça me déprimait... Et je me dis qu'à l'époque, on ménageait moins nos bambins qu'aujourd'hui puisqu'il s'agit d'un roman jeunesse dans lequel, si l'écriture est clair, simple et très compréhensible par tous, les péripéties sont quant à elles plutôt traumatisantes pour des petits cœurs sensibles. En effet, dès le début de l'histoire, rappelons que Rémi est d'abord enlevé à celle qui l'a élevé, puis lorsqu'il commence à s'habituer à sa nouvelle vie d'artiste errant, il perd ses amis les uns après les autres... Ses rencontres s'achèvent toutes par une séparation. Tout jeune, il fait face à la mort, au froid, à la fin, à la pauvreté, à la prison, à la méchanceté des gens, aux mensonges, au travail... Bref, il vit en quelques années ce que le commun des mortels ne vivra pas dans une vie entière, et ce même au XIXe siècle...

Ceux-là seuls qui ont vécu à la campagne avec les paysans savent ce qu'il y a de détresses et de douleurs dans ces trois mots : « vendre la vache ».
Pour le naturaliste, la vache est un animal ruminant ; pour le promeneur, c'est une bête qui fait bien dans le paysage lorsqu'elle lève au-dessus des herbes son mufle noir humide de rosée ; pour l'enfant des villes, c'est la source du café au lait et du fromage à la crème ; mais pour le paysan, c'est bien plus et mieux encore. Si pauvre qu'il puisse être et si nombreuse que soit sa famille, il est assuré de ne pas souffrir de la faim tant qu'il y a une vache dans son étable.

Mais au-delà de tous ses malheurs, Rémi apprend à ses dépends que son courage, sa gentillesse et son honnêteté - malgré ce que lui coûtent ces valeurs dans de telles circonstances - sont aussi une source de joie et de bonheur car c'est grâce à elles qu'il fait la connaissance de ceux qui l'aideront et changeront sa vie à tout jamais : Mme Milligan et Arthur, la famille Acquin et la petite Lise, son ami Mattia... Si ce roman semble finalement assez simple et manichéen, l'enchaînement des événements est en revanche assez bien mené et le déroulement du scénario final plutôt surprenant. Encore une fois, je ne me rappelais pas du tout de la fin de l'histoire et je pensais, de fait, qu'elle finissait mal. Sans Famille est donc sans conteste un roman initiatique, mais aussi un roman d'aventure et presque un carnet de voyage qui nous emmène de Chavanon au Pays Basque, à la Côte d'Azur puis en Angleterre, en passant par la Bourgogne et Paris... Une fresque géographique qui frôle l'étude des mœurs dont Balzac était le champion!

Puisque le hasard, me disait-il, te fait parcourir la France a un âge où les enfants sont généralement à l'école ou au collège, ouvre les yeux, regarde et apprends. Quand tu seras embarrassé, quand tu verras quelque chose que tu ne comprendras pas, si tu as des questions à me faire, adresse-les-moi sans peur. Peut-être ne pourrai-je pas toujours te répondre, car je n'ai pas la prétention de tout connaître, mais peut-être me sera-t-il possible de satisfaire ta curiosité. Je n'ai pas toujours été directeur d'une troupe d'animaux savants, et j'ai appris autre chose que ce qui m'est en ce moment utile pour "présenter Capi ou M. Joli-Cœur devant l'honorable société". 


Vous l'aurez compris, j'ai adoré redécouvrir les aventures du petit Rémi qui a accompagné mon enfance et qui n'a pas pris une ride malgré les siècles. La littérature du XIXe siècle reste décidément celle qui me permet le plus de voyager et de découvrir un monde à la fois fascinant (toute cette effervescence littéraire, c'était beau), mais aussi effrayant (la pauvreté décrite dans ces ouvrages fait moins rêver). J'envisage maintenant de découvrir une autre oeuvre d'Hector Malot, qui a également eu droit à son adaptation japonaise : En famille

Ce livre a été lu dans le cadre d'un challenge

Un classique
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