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mercredi 6 avril 2016

En attendant Bojangles - Olivier Bourdeaut

Il est des livres qui, malgré tout le bien qu'on en dit, ne me tentent pas. Et en général, je passe rarement au-delà de cette première impression. En ce qui concerne En attendant Bojangles, ni le titre ni la couverture ne m'attiraient. Je ne trouve pas ce jaune moutarde beau et je n'aime pas beaucoup (pour ne pas dire pas du tout) le dessin qui me rappelle les images qu'on voit en arrière-plan des Z'Amours sur France 2... Donc très sincèrement, si PotitPanda ne m'avait pas proposé une lecture commune de cet ouvrage, il n'aurait ô grand jamais atterri sur les étagères de ma bibliothèque. Et je serai passé à côté de quelque chose car ce petit roman - qui se lit très vite - est tout simplement un coup de cœur! Autant dire que c'est assez inattendu pour le premier roman d'un auteur qui avoue lui-même ne pas avoir imaginé à l'avance son histoire (il a découvert la chanson Mr Bojangles de Nina Simone deux semaines avant de commencer la rédaction de son livre!) et publié dans une petite maison d'édition que, personnellement, je ne connaissais absolument pas (mais sur laquelle je compte me pencher maintenant). La plupart des premiers romans que j'ai lu, même d'auteurs que j'apprécie, m'ont à vrai dire rarement réservé d'aussi bonnes surprises. Du coup, j'espère que ce ne sera pas l'effet inverse avec Olivier Bourdeaut et que ses prochains romans seront à la hauteur du premier, mais avant de voir si loin, revenons-en à notre En attendant Bojangles!

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères. Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte. L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom

C'est toujours difficile de commencer une chronique quand on a vraiment apprécié un roman. On a toujours peur d'en dire trop, ou pas assez. De pas arriver à convaincre ceux qui vont vous lire que oui, ce livre en vaut la peine. Que non, ils ne le regretteront pas. A travers les yeux d'un petit garçon, on entre directement dans le quotidien d'un couple, d'une famille hors du commun. Composée du père, de la mère qui change de prénom tous les jours, du fils qui écrit à l'envers et de l'oiseau Mademoiselle Superfétatoire (mot qui qualifie quelque chose qui s'ajoute inutilement à autre chose - je viens de le découvrir!), cette famille fait rêver au premier abord. Leur quotidien est emprunt d'une douce folie où l'on danse, où l'on improvise des soirées, où l'on dit des mensonges à l'envers pour égayer le quotidien et où l'on part en vacances dans un château en Espagne, au Paradis, même quand c'est pas les vacances. Pourtant, derrière ce récit coloré, joyeux et farfelu se cache une tristesse insoupçonnable que nous découvrons lorsque notre petit narrateur laisse la parole à son papa à travers des extraits de récits retrouvés plus tard. Nous voyons donc ce quotidien sous deux jours différents qui laissent peu à peu deviner que la folie ambiante n'est peut-être pas aussi douce qu'on l'aurait pensé.

Mes parents dansaient tout le temps, partout. Avec leurs amis la nuit, tous les deux le matin et l'après-midi. Parfois je dansais avec eux. Ils dansaient avec des façons vraiment incroyables, ils bousculaient tout sur leur passage, mon père lâchait ma mère dans l'atmosphère, la rattrapait par les ongles après une pirouette, parfois deux, même trois. Il la balançait sous ses jambes, la faisait voler autour de lui comme une girouette, et quand il la lâchait complètement sans faire exprès Maman se retrouvait les fesses par terre et sa robe autour, comme une tasse sur une soucoupe.

Ce qui se passe ensuite, il est impossible de le révéler ici mais ce roman est vraiment la définition même de l'amour fou, et de l'amour inconditionnelle. D'un homme pour sa femme. Mais aussi d'une femme pour son mari, pour son enfant et d'un enfant pour ses parents. Pour autant, ça ne tombe jamais dans la mièvrerie. On passe du rire aux larmes sans que l'auteur cherche à aucun moment à nous apitoyer sur le sort de ses personnages, et je trouve en cela qu'En attendant Bojangles est un très bon roman. Ses personnages me rappellent ceux de Milena Agus, auteure sarde que j'adore, dans leur folie qui a tendance à nous amuser puis qui s'avère plus profonde et plus touchante. Et l'écriture de Bourdeaut est d'une qualité vraiment étonnante pour un premier roman. Poétique, il trouve toujours les mots justes à mettre sur les émotions et les sentiments de ses personnages, il trouve toujours le petit mot qui fait sourire, ou au contraire qui nous fait comprendre qu'il y a quelque chose qui cloche... Mais je ne peux pas en dire trop ici de peur d'en révéler trop alors je vais m'arrêter ici en vous conseillant de vous jeter sur ce petit roman si ce n'est déjà fait!

Le temps d'un cocktail, d'une danse, une femme folle et chapeauté d'ailes, m'avait rendu fou d'elle en m'invitant à partager sa démence.


Vous l'aurez compris, En attendant Bojangles a été un coup de cœur! Je l'ai dévoré en quelques heures tant je voulais savoir comment toute cette histoire allait finir. Je remercie donc une fois de plus PotitPanda pour la proposition de lecture commune, notre deuxième et notre deuxième coup de cœur commun aussi en espérant continuer sur cette lancée. Olivier Bourdeaut entre donc, avec son premier roman, dans la liste restreinte des auteurs que je compte suivre de très près!



Ce livre a été lu dans le cadre de deux challenges

2016 Reading Challenge 
Un roman d'une petite M.E.

Challenge Petit Bac 2016
Ligne 1 : Spectacle
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