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mercredi 27 avril 2016

L'Arabe du futur 2 : Une jeunesse au Moyen-Orient (1984 - 1985) - Riad Sattouf

Si le premier volume de L'Arabe du futur retraçait 5 années de la vie du petit Riad (1978 - 1984), celui-ci se concentre uniquement sur 2 ans : 1984 et 1985 durant lesquels lui et ses parents sont installés en Syrie. Du coup, comme l'auteur fonctionne toujours avec le même code couleur qui avait été défini précédemment, la majeure partie de l'ouvrage est dans les tons rouges, avec quelques touches de vert. Riad, ses parents et son petit frère ont maintenant une petite maison à Homs. Malgré les nombreux sous-entendus de la mère qui souhaiterait mener une vie plus confortable, le père souhaite rester en Syrie près de sa mère et de sa demi-sœur et Riad devrai donc affronter une épreuve qu'il avait réussi à esquiver jusque-là : l'école. Petit problème, grandes questions car au-delà d'une simple appréhension d'un système scolaire pour le moins douteux, le petit garçon âgé d'à peine 6 ans va découvrir avec une naïveté déconcertante une réalité abominable qui touche des sujets très sensibles. On se doute que ce volume est le dernier où le petit Riad pourra garder son innocence et sa vision naïve sur le monde qui l'entoure et sur le comportement de son père.


Ce livre raconte l'histoire vraie d'un écolier blond dans la Syrie D'Hafez Al-Assad.


Comme je le disais, une grande partie de cet ouvrage est consacrée à la relation assez ambiguë qu'entretient le petit Riad avec l'école. Tout au long de son récit, il nous donne une vision très contrastée des événements qu'il vit. Lui qui s'attend à avoir un maître d'école, il a une maîtresse qui porte le voile mais une mini-jupe à talons haut. Cette maîtresse semble presque avoir des troubles du comportement tant elle apparaît parfois douce et compréhensive puis, d'un coup, sévère voire violente. Le garçon n'aura alors plus qu'une idée en tête : suivre le mouvement pour ne pas se faire punir. Mais paradoxalement, lorsqu'il parle de ses problèmes à son père, ce dernier n'en tient pas vraiment compte ou les utilise comme un moyen d'endurcir Riad, qui encaissera tant bien que mal les punitions de la maîtresse mais aussi le rejet de certains de ses camarades à cause de ses origines françaises. D'ailleurs, le rejet fait presque partie intégrante de l'enseignement car la maîtresse elle-même met de côté "les puants", ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir une hygiène correcte... Concernant l'enseignement même, on sent bien derrière tout l'endoctrinement religieux : les enfants n'apprennent pas à lire mais à réciter des passages du Coran. Lors des "élections", la maîtresse n'hésite pas non plus à influencer les élèves pour qu'ils voient en Hafez Al-Assad un dirigeant juste, sage et puissant quand bien même il est à la tête d'un parti unique dans un régime totalitaire très répressif.


Mais les événements relatés par Riad Sattouf vont évidemment bien au-delà des problèmes scolaires, ils concernent la mentalité syrienne en général. On découvre donc d'autres membres de la famille d'Abdel Sattouf, notamment sa demi-sœur qui l'a élevé. On apprend que son père avait plusieurs femmes, et qu'Abdel n'est pas forcément contre la polygamie. On découvre à travers cela la place de la femme au sein de la société syrienne à travers un événement que je ne raconterai pas ici mais dont on imagine que cela a du fortement marqué Riad Sattouf. On découvre également l'ambition d'Abdel qui veut construire une grande maison et qui tente d'être dans les petits papiers des notables qui l'entourent. On découvre ce père à travers un regard à la fois admiratif, celui du petit garçon de 6 ans, mais avec une touche de doux-amer face à cet homme trop fier pour se rendre compte que ses plans d'avenir ne convenaient pas forcément à sa femme et ses enfants. Ce deuxième volume nous montre clairement comment le père de Riad tente déjà d'en faire un homme, un bon musulman qui ira chasser et qui parlera arabe, qui fera un métier d'homme et pas des bandes dessinées. A la fin, Riad passera quelques jours de vacances avec sa maman en Bretagne, et ces quelques pages bleues nous montre le déchirement culturel qui commence à se créer chez le petit Riad. Comment mettre en pratique, en France, des préceptes syriens? Et doit-il le faire? Comment apprendre à lire ce français qui n'a rien à voir avec l'arabe?



Cette fois, en lisant L'Arabe du futur 2, je n'ai pas du tout fait la comparaison avec Persepolis! Je pense que c'est parce que Riad est toujours un enfant dans ce volume, or Marjane Satrapi arrive plutôt vite à son adolescence. Ou alors je me suis plus facilement laisser prendre par l'histoire. Quoi qu'il en soit, si ce n'est pas un coup de cœur, j'ai vraiment apprécié ce roman graphique une fois de plus! J'aime vraiment découvrir l'histoire de la Syrie à travers le regard faussement naïf du petit Riad Sattouf et j'avoue avoir un peu peur, après les événements de ce tome, que cette candeur ne soit plus au cœur des volumes qui vont suivre... En tout cas, c'est un livre que je recommande. C'est un livre qui attire la curiosité et même ma belle-mère qui - disons-le - ne lit pas s'est laissé prendre au jeu de L'Arabe du futur!
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